Dr. Karim Nader, professeur au département de psychologie de l’Université McGill

Selon une étude, publiée dans la publication Nature, nous pourrions classer nos souvenirs dans notre cerveau, selon l’ordre de priorité que nous leur octroyons. Un souvenir provenant d’une même époque pourrait être atténué sans que les autres autours soient menacés. Si tel est le cas, nos militaires déployés en zone de guerre ne sont pas excluent de ce phénomène.

Longtemps, nous avons considéré que la mémoire à long terme était solidement encrée dans nos têtes. Pourtant, les travaux de Karim Nader, professeur au département de psychologie de l’Université McGill, ont contredit cette croyance.

Selon le Dr. Nader, lorsque l’on se remémore un évènement qui a été traumatisant, son souvenir peut devenir à nouveau susceptible d’altération, et ce, avant même d’être réintroduit dans la mémoire à long terme.

En outre, une expérience chez les rats a été concluante sur le fait que certains médicaments pouvaient bloquer la synthèse des protéines responsables de la reconstitution des souvenirs. En injectant de l’anisomycine dans l’amygdale, cette zone du cerveau où sont emmagasinés les souvenirs liés à la peur, nous pourrions contribuer à «neutraliser» la trace d’un traumatisme.

Cette découverte semblait intéressante pour les traitements éventuels des personnes souffrant du choc post-traumatique, mais une question importante restait à éclaircir : si nous bloquons nos souvenirs douloureux, après une catastrophe ou une expérience de guerre, les souvenirs indirectement associés, risquent-ils d’être affectés?

Absolument pas, conclut Karim Nader via une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

«Les souvenirs ne sont pas isolés les uns des autres», soutient-t-il. «Si une personne a vu mourir ses parents dans un accident de voiture, elle se souviendra peut-être qu’elle portait un pantalon rouge ce jour-là, et ce détail lui rappellera autre chose, comme une fête d’anniversaire où elle avait reçu le pantalon en cadeau», dit-il.

Selon Nader, contrairement au souvenir «direct» de l’accident, le souvenir «indirect» de l’anniversaire ne sera pas atténué lorsque le traumatisme sera évoqué. Karim Nader explique que les deux types de souvenirs passent par des connexions cérébrales distinctes lorsqu’ils sont ramenés à la surface.

Pour en venir à ces conclusions, l’équipe de recherche a conduit des rats de laboratoire à associer un son à un choc électrique. Chaque fois que les rats entendaient ce son, ils anticipaient la douleur et figeaient. Un autre son a ensuite été intégré au premier, de sorte que les rats en sont aussi venus à appréhender le deuxième son.

On a ensuite remémoré aux rats le traumatisme en leur faisant écouter l’un des deux sons, puis on leur a injecté une drogue (l’anisomycine), tel que mentionné plus haut, pour neutraliser le souvenir horrible.

Lorsque les chercheurs administraient le médicament suite à l’écoute du son 2, cela réveillait le souvenir du son 1 et la peur qui y était associée. «Le lendemain, les rats ne craignaient plus le son 2, mais ils avaient toujours peur du son 1», dit Karim Nader. «Le médicament n’avait donc pas affaibli le souvenir indirect» précise-t-il. Il faut indiquer que d’autres études on démontrés que le propranolol, un médicament couramment utilisé pour traiter l’hypertension, produisait le même effet chez l’humain.

Il faut être conscient que de neutraliser un souvenir ne veut pas dire le faire disparaître à jamais, mais en diminuant son intensité, nous pouvons aider un patient, victime d’un choc post-traumatique, à contrôler les effets négatifs de cette mémoire et de diminuer la douleur intense qu’elle peut provoquer. Le but est de permettre aux gens de vivre une vie plus normale et de ne pas laisser les souvenirs douloureux diriger leur vie. Selon le Dr. Nader, « Le seul fait de permettre aux réactions physiques de retrouver un niveau normal est déjà formidable en soi. »

 

Liens intéressants :

http://www.mcgill.ca/science/ours/spotlight/nader/

http://www.mcgill.ca/news/2007/summer/traumatismes/

http://www.transfert.net/Memoire-selective

http://www.informationhospitaliere.com/actualite-8220-amnesie-selective-effacer-souvenir-traumatique.html